Le Rapport de Stigliz

En 2009, Nicolas Sarkozy a demandé d'identifier les limites du produit intérieur brut (PIB) comme indicateur de performance économique et de progrès social dans le rapport Stiglitz. En plus de son président, vingt et un membres, parmi lesquels quatre prix Nobel d'économie - Amartya Sen, Kenneth Arrow, Daniel Kahneman et James Heckman -, ont contribué à cette réflexion sur les moyens de développer de nouveaux instruments de mesure de la richesse des nations. Membre de la commission, l'économiste français Jean-Paul Fitoussi (OFCE) a rempli le rôle de coordinateur général.

Le rapport final de 291 pages, préconise de revoir de fond en comble les modes de calcul de la croissance. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une révolution : tous les indicateurs mis en avant par la commission existent déjà, qu'il s'agisse par exemple de la mesure de la santé des individus, de leurs habitudes de consommation, de leurs revenus, de leur patrimoine ou encore de leur consommation de loisirs. Mais, selon la commission, il faut changer de méthode. «Aujourd'hui, lit-on en préambule du rapport, l'accent est mis sur le calcul du PIB, alors que l'analyse du produit national net - qui prend en compte la dépréciation des moyens de production - ou le revenu net des ménages peuvent être plus pertinents  ». Bref, «le PIB n'est pas faux en soi, mais peut être faussement utilisé».Parmi les nombreuses pistes qu'elle étudie pour mieux décrire la réalité économique, la commission insiste plus particulièrement sur trois sujets. D'abord, remettre les individus au centre de toute analyse. S'il ne connaît pas la situation réelle des ménages (richesse, bien-être…), un dirigeant politique «est comme un pilote sans boussole». Et les mesures qu'il prend peuvent avoir l'effet inverse de celui escompté. À cet égard, la notion de qualité de vie est centrale. «Les embouteillages peuvent accroître le PIB puisqu'ils entraînent une augmentation de la consommation d'essence, mais pas le bien-être», ironise la commission. Deuxième axe fort : les statistiques doivent mieux valoriser le montant des transferts en nature de l'État vers les ménages. Les dépenses de santé, d'éducation ou de sécurité, par exemple, sont comptabilisées en fonction de leur coût d'entrée, c'est-à-dire le nombre de médecins, de professeurs ou de policiers. Mais le bien-être et le développement qu'elles procurent, générateurs de richesses supplémentaires, sont trop rarement pris en compte. Le faire, permettrait de calculer différemment la croissance des pays les uns par rapport aux autres, favorisant ceux où la dépense publique est la plus efficace, donc la plus productive. Enfin, la mission Stiglitz revient longuement sur la question du développement durable. Les économistes se montrent critiques sur la jungle des indicateurs existants dans le monde pour tenter de mesurer l'impact sur l'environnement de la croissance. Et ils estiment urgent de revenir à des critères simples : le développement durable est celui qui laisse davantage aux générations futures qu'aux générations présentes !

Technique au premier abord, le rapport Stiglitz se révèle,finalement , d'une grande modernité: il dépeint un monde où la situation de l'individu prône sur celle de la nation.

2 votes. Moyenne 3.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×